Le temps, dit saint Augustin, est une faible imitation de l’éternité… S’il nous dérobe un jour, il en rend subtilement un autre semblable, qui nous empêche de regretter celui que nous venons de perdre… Il nous trompe toujours, parce qu’encore qu’il varie sans cesse, il montre presque toujours un même visage, et que l’année qui s’est écoulée semble ressusciter dans la suivante… Comme c’est le propre de l’éternité de conserver les choses dans le même état, le temps pour en approcher ne nous dépouille que peu à peu, et nous mène aux extrémités opposées par une pente si douce et tellement insensible, que nous nous trouvons engagés au milieu des ombres de la mort avant que d’avoir songé comme il faut à notre conversion.
Bossuet, sermon du premier dimanche de l’Avent.