La déchéance de Judas vient de sa trahison, et sa trahison de sa déception. D’une déception amoureuse. Souvent les déceptions amoureuses mènent à la trahison. Judas n’aime pas le Christ, il ne l’aime plus. L’on ne trahit que ceux qu’on aime. Or Jésus, lui, a aimé Judas : la preuve, il lui a confié le ministère des finances. Mais Judas lui n’aime plus Jésus car il est déçu.
Judas attendait que Jésus réinstallât une messianité historique et contingente. Un genre d’Ancien Régime comme Israël en a connu dans le passé. Il espérait que Jésus devînt le monarque politique d’Israël. Et pourtant ce Roi crucifié aura pour sceptre un roseau, et pour couronne des épines.
Judas fut déçu de ce que le Divin Maître ne corresponde pas à ses vues politiques ethno-religieuses. Il fondait ses espoirs dans le « Jésus historique », ignorant le Jésus de la Foi.
Cependant Judas s’est trompé et n’a pas compris la phrase « mon Royaume n’est pas de ce monde », il ne l’a peut-être même pas entendue, trop occupé à « compter ses sous » ! Il n’a rien compris de cette messianité transcendante qui dépasse toute réalité terrestre et matérielle. Il n’a rien compris. Pire il s’obstine! A cause de son orgueil, refusant d’admettre son erreur, il « persévère » selon l’adage « errare humanum est, perseverare diabolicum ». Le diable s’infiltre perfidement dans ce cœur obstiné : perseverare diabolicum ! Le diable répand l’erreur et il accroît son pouvoir lorsqu’on s’y obstine.
Judas est déçu. Il juge son Maître à l’aune de sa déception. Jean le Baptiste fut le précurseur de Jésus, Judas celui des déçus. Judas est le modèle des « déçus de l’Eglise », qui viennent grossir les rangs d’une Fronde anticléricale, de ces goliards subtilement et sournoisement inspirés par le Père du Mensonge. Ceux-ci imitent Judas, jugeant tout selon le prisme de leur déception. Par orgueil, manque d’intelligence et de Foi, les « déçus de l’Eglise » se lovent dans l’erreur et font de l’Eglise un forum politique ou social. Les déçus de l’Eglise travestissent l’Evangile et le transforment en idéologie médiocrate émasculée de la fécondité rédemptrice. Ces déçus de l’Eglise ne comprennent rien, ils s’obstinent sur les plateaux télévisés à nier la Vérité qui les gênent. Comme Judas. Judas aurait eu du succès auprès des médias avec ses idées fausses mais séduisantes, il aurait fait péter l’audimat prime-time, à l’époque, avec ses revendications sociales nationalistes ! Du coup, au sortir du Prétoire, ses idées obtiennent du peuple juif la majorité des voix plus une !
Comme Judas, les « déçus de l’Eglise » séparent le ‘Jésus de l’histoire’ du Jésus de la Foi: ils réduisent la foi à une opinion ou à l’effusion d’un sentiment, souvent d’un ressentiment. Or la Foi n’est pas une idée mais une vertu théologale, un don qui nous vient de Dieu et nous porte à Dieu. Les vertus sont connexes, on a la foi donc on a l’espérance et la charité. Judas n’aime pas, donc il ne croit pas. Judas refusa le don de la Foi, car il croyait uniquement au Jésus de l’Histoire, à un Jésus « politique », à un Jésus libérateur promu par l’ultérieure et déviante Théologie de la Libération ; finalement, Judas est le premier théologien de la libération. S’il avait eu la Foi, il aurait aimé Jésus et compris que Jésus était le Divin Messie, l’Envoyé, l’Elu, ỏ Χρίστος, Christ, Oint de Dieu, investi d’onction Divine non pas immanente ni contingente. Une mission moins « sociale » que nationale, et pas du tout nationale ! Judas n’a pas compris, il n’a pas aimé, il n’a pas cru. Seul l’amour fait comprendre ces choses de la Foi. Quand on n’aime pas, on ne croit pas.
Judas nourrit sa déception d’un sentiment de vengeance qu’on voit poindre en son cœur. De la déception Judas passe aisément à la trahison. Pour trente dollars il se prostitue devant le Sanhédrin. Il est devenu esclave du Mammon, il passe d’un maître à l’autre ; du Divin maître à celui de l’Argent. Or « Vous ne pouvez pas servir deux maîtres… »
Le peu d’autorité qu’avaient les Grands Prêtres, leur incohérence morale, leurs perfides contradictions, leur acariâtre hypocrisie montrées du doigt par le Divin Crucifié, les avaient fait verser dans l’autoritarisme. Comme toujours : quand on n’a pas d’autorité naturelle, l’on sombre dans l’autoritarisme, dans la violence, dans la dictature.
Alors pour mettre fin à ce « prédicateur importun », les prêtres ourdissent sa suppression en secret. Cependant pour se dédouaner de toute responsabilité, ils obtiennent démocratiquement – par une majorité qualifiée de cinquante pourcents des voix plus une – la mort de Jésus. Plus lâches que Judas, les Grands Prêtres ont recours au sondage. Que n’a-t-on pas fait au nom de la démocratie ! Voilà donc la tyrannie du majoritaire à l’œuvre et la barbarie des sondages qui commence !!! Les sondages vont contre la vérité ; à Jérusalem, c’est par un sondage qu’on crucifie « LA VERITE » en personne.
Judas a trahi sa parole et « la » Parole, le Verbe incarné.
Judas est déçu, il trahit, il est déchu.
Mgr Jean-François Grégoire Lantheaume