On aura tout dit, sauf l’essentiel.
Presqu’arrivé au terme de ce carême, l’on aura tout dit du Pape durant cette période essentielle de la vie de l’Eglise qu’est la Sainte Quarantaine qui nous mène à Pâques.
On aura tout dit du Pape sauf l’essentiel. On se sera vautré dans les amalgames, on aura publié les sophismes les plus contradictoires, on aura colporté des propos de comptoir ou de midinettes.
On aura tout dit sauf l’essentiel. On se sera arrêté à des détails incompréhensibles parce que tirés de leur contexte, en se « préservant » bien de comprendre un enseignement global dont le Pape Benoît XVI a hérité, qu’il transmet et dont il n’est nullement détenteur.
On a tout dit sur un détail mais on a oublié l’essentiel. On a tout dit sur son voyage en Afrique sauf l’essentiel, oubliant soigneusement cette mission confiée un jour du temps à son prédécesseur Monseigneur Saint Pierre, dans le district de Césarée. Cette mission de charité de ce Pape qui se penche sur un continent noir dévasté encore aujourd’hui par la cruauté et la veulerie des Européens. Et il fallait que ces derniers en rajoutassent, par réflexe colonialiste, sur l’incapacité des Africains à concevoir une chasteté adulte et responsable, libératrice et salvatrice qu’ils vivent en réalité sereinement.
On a tout dit du Pape, sauf l’essentiel.
Déjà au soir de son élection, on s’est honteusement vautré sur le « détail de son histoire », d’un passé qui ne passe pas, sur son enfance. Comme si son appartenance aux jeunesses hitlériennes avait fait de lui un de ces barbares nationaux-socialistes. On a tout dis sur ce passé, oubliant l’essentiel, à savoir que le très jeune Jozef Aloys Ratzinger refusa d’entrer dans la Waffen-SS, et qu’une fois affecté à la Wehrmacht, il déserta dès avant la reddition allemande.
On aura tout dit sur la « dureté » et l’intransigeance du Panzerkardinal, on aura tout dit mais on aura oublié l’essentiel. L’essentiel d’un homme doux et humble qui reçoit bienveillamment ses pires détracteurs comme le suppôt Hans Küng, sans que celui-ci ne le lui rende au sortir de l’audience. On aura tout dit sur son incapacité à comprendre les nécessités « Pastorales », les problématiques et toc du monde, mais on aura oublié l’essentiel, à savoir qu’il fut évêque, épousant la réalité du diocèse bavarois de Munich-Freising de 1977 à 1981. Comme si l’on pouvait balayer quatre ans de gouvernement d’un diocèse !
On aura tout dit sur la solitude du Pape pour l’assimiler à Pie XII dans sa tour d’Ivoire, en faisant de lui un « absent du monde » qui n’en finit pas d’être moderne. Au reste qu’est-ce que la modernité, sinon une mode qui meurt tout le temps ? On aura tout dit de la modernité, sauf qu’elle ne s’oppose pas à ce qui est antique ou ancien, mais bien à ce qui est éternel….
Du pape on aura tout dit, sauf l’essentiel, à savoir qu’une majorité de catholiques, majorité silencieuse et ignorée des sondages, le suit, l’écoute et l’approuve malgré le chaos d’un déchaînement médiatique qui s’arrête aux détails pour détourner de l’essentiel.
Et c’est peut-être cela qui gêne, c’est peut-être cela qui indispose les esprits chagrins : à savoir l’essentiel. Ce pape est imprenable sur l’essentiel, voilà pourquoi le démon s’acharne et n’a rien trouvé de mieux que de travestir l’accessoire, et lui donner l’apparence de l’essentiel.
Ce pape dérange, indispose, énerve. Il agace parce qu’il dit l’essentiel, il annonce l’essentiel, et surtout il « vit » l’essentiel.
L’essentiel de cette cohérence que le Pape porte au monde : « voilà l’ennemi public numéro un » crie-t-on dans les « forums sociaux », dans les « observatoires de libertés », dans les « débats sur la tolérance ».
On dit tout de lui, sauf l’essentiel. L’essentiel d’un Pape cohérent qui force le silence amoureux et orant de centaines de milliers de jeunes, la nuit devant le Très Saint Sacrement, à Cologne. L’essentiel d’un Pape qui tient un discours cohérent au collège des Bernardins, l’essentiel d’un Pape cohérent qui perçoit et retient le Sourire de la Très Sainte Vierge Marie, à Lourdes. Voilà l’essentiel.
L’essentiel d’un pape exerçant sa sollicitude paternelle à l’endroit d’une chrétienté fraîche et amoureuse qui l’aime en retour et l’admire pour son humilité. L’essentiel d’un pape qui assume sa paternité spirituelle dans l’enseignement, la sanctification et le gouvernement… ! L’essentiel d’un pape qui est à sa place, toute sa place, mais rien que sa place.
On aura tout dit de lui, mais on sera passé à côté de l’essentiel… !
Car lui, il va à l’essentiel et nous montre l’essentiel. Car lui est cohérent.
Le monde s’arrête aux accessoires : au costume hitlérien, aux chapes brodées d’or et guipées XVIIIème, au petit bonnet rouge et blanc, aux ballons de baudruche en latex.
Le monde s’arrête mais le Pape continue. Le monde passe, mais le Pape dépasse.
Le Pape lui, va à l’essentiel. Car il sait que si les accessoires appartiennent au temps, l’essentiel est déjà dans l’éternité.
Mgr Jean-François Grégoire Lantheaume