Réflexion quadragésimale et hebdomadasanctale : pourquoi les femmes ne trahissent pas

Chrétienté Info , le 5 avril 2009  


lantheaumeNous sommes entrés en Passion.

Certains acteurs vont subitement sortir de scène.
Tous s’étaient déjà offusqués, scandalisés à l’annonce de la Passion. Certains s’étaient même promis de le suivre jusqu’au bout… ! Et puis ? Plus rien ! La vaillance de Monseigneur Saint Pierre s’affaisse, elle ira jusqu’au reniement. Il faudra même un gallinacé pour que sa conscience reste éveillé. Il pleurera comme une femme au sortir de Jésus. Jésus ne lui dira rien, il le regardera, et Pierre pleurera. Il aura suffi d’un regard pour faire pleurer le premier pape. Un seul regard, celui du Christ.

Les autres disciples se retirent, ils ne poussent pas l’outrecuidance d’aller se faufiler parmi les bonnes des Grands prêtres. Les autres disciples se calfeutrent dans leur bunker. Ils tremblent et les velléités de jadis se sont vite estomper.
Comment se fait-il que les disciples du Divin Maître, ces hommes si déterminés, s’esquivent ? Ils s’enfuient à l’orée de la Passion. L’un d’entre eux s’échappera tout nu du jardin des Olives en Gethsémani, laissant son drap derrière lui.
Un drap ! N’est-ce pas là le signe avant coureur du linceul qui, dans 48 heures enveloppera le Corps du Sauveur, ce même linceul plié soigneusement et rangé proprement dans un coin du tombeau de la Vie ?

Si les hommes trahissent, s’enfuient, s’évanouissent et se cachent, ce sont les femmes de l’Evangile qui prennent leur place. Les femmes dans l’Evangile, elles, ne trahissent pas. Au reste, aucune femme n’a trahi le Christ au cœur même de la Passion…! Et pourtant elles ne reçoivent aucun ministère, elles ne sont pas instituées, elles ne sont pas sacrées episcopettes, ou bien ordonnées sacerdotesses de l’air. On pourrait même dire que plus on avance dans le mystère, plus les femmes deviennent fortes et plus elles prennent la place des hommes.

Les événements vont se précipiter, il faut en finir avec l’imposteur, celui qui se dit « fils de Dieu ». Le Christ est seul. Seul face à ses adversaires. Seul dans un faux procès. Comparaissant devant un faux tribunal dont les juges sont parties au procès. Abandonné par ses compagnons.
Il est seul car beaucoup l’abandonnèrent. A un certain moment, il s’était même entendu dire « qu’elles sont dures ces paroles » et beaucoup le laissèrent ; oui, le discours évangélique est « dur » à entendre, surtout quand il prend le contrepied des idées en vogue, de la mode, de la facilité, des solutions univoques, des idées reçues ou « convenues » ! L’Evangile bouscule, dérange, déconcerte parfois. Donc il est facile de l’abandonner. Et beaucoup abandonnent encore aujourd’hui l’Evangile.

De la foule qui a suivi le Christ, il ne reste plus grand monde sinon les femmes, et à leur tête Marie de Nazareth. Elles suivent le Divin Maître jusqu’au bout, peu soucieuses du danger qu’elles pourraient courir. On sait que les gestapistes du Sanhédrin traquent les éventuels sectateurs du Nazôréen. Le compte à rebours à commencé. Alors tout le monde a peur, les hommes se barricadent dans leur bunker cénaculaire, mais les femmes, elles, vaquent à leurs occupations tout en suivant Jésus.

D’où vient qu’elles ne trahissent pas ? Cette constance est-elle liée à la psychologie féminine ? Est-ce un trait d’une maternité du genre humain qui leur empêche de trahir la « chair de leur chair »? Ces femmes ne sont elles pas la préfiguration de celle qui est Mère d’humanité, et qui enfantera mystiquement au pied de la Croix ce genre humain dont Dieu est amoureux ? « Fils, voici votre Mère » autant dire « désormais elle est votre mère, je vous la donne comme mère, cette femme ».
Nous y sommes presque, la fureur des Grands prêtres, l’emballement judiciaire, la poutre mal équarrie, les cris, les crachats, les coups de fouet, tout se précipite, les clous, les coups de marteau qui résonnent, le pot de vinaigre, tout s’enchaîne à une vitesse jusqu’au « consomatum est ». Et là le temps s’arrête. Tout se consume, tout est consommé.
Et les femmes elles aussi sont là figées dans le temps, elles sont restées jusqu’à la consommation du Fils de l’homme. Elles n’ont plus que leurs pleurs sur leur visage pour seul partage. Elles sont même défigurées dans leur beauté par ces sillons lacrymaires, seuls témoins de leur peine. Mais elles sont là.
Le rôle d’une femme est d’être là. Le rôle d’une mère est d’être là pour son enfant. C’est peut-être parce que les hommes sont absents au monde, qu’elles, elles restent là. Elles restent. Elles demeurent.
Elles étaient déjà là à Béthanie. Elles sont encore là. Dans les rues de Jérusalem pleurant, au hasard d’un chemin essuyant la Sainte Face, jusqu’à la Croix, au pied de la potence, elles sont là, dernières actrices de la Passion. Même l’épouse de Ponce le Pilote de toute cette mascarade, après un songe, se réveille et dit à son officier de mari que « l’homme » est Juste parmi les Justes. Ce sont elles, encore, qui après ce drame en un seul acte, iront au tombeau… ! Quand on connaît la loi juive, l’on sait qu’aucune femme n’avait le droit d’embaumer le corps d’un homme, ni même de toucher un corps d’homme, comment se fait-il que ce soient elles qui se colle la corvée ? Tout simplement parce que les hommes ont peur, et qu’ils se cachent… ! Les hommes sont absents, alors les femmes sont là.

Les femmes sont les fidèles de la Passion, elles assument pleinement leur rôle de féminité, alors que les hommes – eux – ont abandonné leur virilité. Leur rôle prend un tour nouveau.

Pourquoi cette force soudaine chez la femme ? Quelle est cette nouveauté chez celles qu’on dit « faibles » en raison de leur sexe ?
C’est parce qu’au pouvoir de juridiction essentiellement confié aux hommes, au soir du Jeudi saint, correspond celui de la SAINTETE. Ce dernier est confié à tout être, mais surtout aux femmes. Si les hommes ont été investis de ce pouvoir institutionnel de « transmettre la grâce », le pouvoir encore plus large et plus ascensionnel qu’est celui de « faire éclore la grâce », celui de la sainteté, a été confié aussi aux femmes, et celles-ci s’épanouissent dans celui-là.

Si les femmes n’ont jamais trahi au cours de l’Evangile, c’est parce qu’elles ont exercé le pouvoir de sainteté. Modèle donc à imiter. Quand les hommes trahissent, les femmes restent fidèles. Aujourd’hui encore, s’il y a beaucoup moins de femmes que d’hommes dans les prisons, c’est aussi parce qu’elles sont beaucoup plus nombreuses que les hommes dans les églises. A bon entendeur, salut.


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