Réflexion résurrectionnelle et post-alléluiatique : le Pasteur, les brebis et le mercenaire

Chrétienté Info , le 7 mai 2009  


lantheaumeLe bon Pasteur et le pasteur bon !

Les brebis sont porteuses, fécondes, elles mettent bas des petits agnelets. Les brebis ne sont pas des moutons. En tout cas, pas les moutons de Panurge, n’en déplaise à François Rabelais.
Les brebis appartiennent à un Pasteur. Au bon Pasteur.

Un berger est « bon », parce qu’il est le « bon » Pasteur. Parce qu’il est bon et qu’il fait bien son métier. Le Mercenaire, lui n’est pas le bon pasteur, il n’est pas bon du tout. C’est un mauvais.

Le bon pasteur est bon. Le mercenaire n’est pas bon, d’abord il n’est pas ‘un pasteur’, il est ‘imposteur’.
Le bon pasteur connaît ses brebis. Le mercenaire ignore leurs noms. C’est vexant quand quelqu’un qui est sensé vous diriger, ne connaît pas votre nom.
Le mercenaire lui, ne sait même pas la différence entre des brebis, des moutons, des boucs… ! Le mercenaire est un ignorant. Il croit savoir, mais ne sait rien.

Le bon pasteur appelle chacune des brebis, par son nom, son prénom, il connaît sa date de naissance, ses qualités, ses habitudes ; le mercenaire ignore leur nom, au reste, il s’en fiche éperdument. Dom Augustin Guillerand écrit : « La voix qu’entendent les brebis quand le berger les appelle nommément est une voix qui part du cœur et qui va au cœur ; c’est pourquoi elles répondent. Elles savent que celui qui les appelle veut leur bien ; elles le savent parce qu’il a l’habitude de le leur procurer ; elles ont l’expérience de sa bonté pour elles ; et le son qu’elles entendent, quand sa voix retentit, est lié à cette expérience. Intérieurement, elles voient une porte qui s’ouvre, une silhouette humaine qui se dresse devant elles, le mouvement calme, lent, adapté à leur pas, qui les conduit et qui s’arrête dans les bons pâturages, l’herbe épaisse, tendre, qui leur offre sa substance vivifiante, tout leur corps refait, leurs forces reconstituées, se développant, leur sécurité assurée, et le soir le même mouvement, la même ombre, la même porte et le repos dans la bergerie. »

Les brebis reconnaissent la voix du bon Pasteur, le timbre de sa voix, même sans le voir, celles du mercenaire ne reconnaissent plus rien, elles vivent dans la confusion de genres, dans la promiscuité du bruit assourdissant, dans le vacarme du trouble, dans l’angoisse de l’incertitude ; elles ne savent pas, elles ne savent plus reconnaître la voix, elles ont été déshabituées à « entendre ». Au reste, elles en ont tellement vu et entendu, qu’elles sont saoulées. Ivres de paroles, saoulées de bruit, les brebis perdues ne savent plus où est le Pasteur, elles ne distinguent plus sa voix dans le concert bruissant des bruits de ce monde, car le pasteur devenu mercenaire ne se fait plus « reconnaître » par sa voix inaudible. Car le mercenaire crie avec les loups, il a les idées du moment. Le mauvais pasteur, le mercenaire est méconnaissable, c’est un médiocrate, il s’est fondu dans la masse. Le mercenaire est « méconnaissable », après avoir jeté son froc, il erre en civil, dans un costume de mauvais goût, ou de cadre « tout juste moyen » comme dirait Frossard.

Les Brebis suivent la voix du bon Pasteur, elles reconnaissent d’abord sa voix, et le suivent ensuite. C’est parce qu’elles entendent sa voix qu’elles le suivent, et non pas d’un instinct grégaire, ou « servilement ». Le motif de la Sequela Christi, le fondement de cette démarche, c’est parce qu’on reconnaît la Voix de Jésus Bon Pasteur, et cette « voix » se fait entendre dans la conscience, au fond de l’âme. Lorsqu’on est déshabitué à entendre la voix de Jésus, le Bon Pasteur, on suit n’importe qui, l’on va n’importe où, dans des pâturages où l’herbe ne pousse plus, et l’on finit par manger des cailloux.

Le bon pasteur a cure de son troupeau ; le mercenaire délaisse, néglige puis abandonne son troupeau. Il part en vacances, s’amuse avec son portable, ou tapote sur son ipod, il fait des croisières, va au restau, au ciné, à la plage. Et le troupeau ? Des mercenaires s’occupent à le dépecer.

Le bon Pasteur repère la brebis perdue dans la montagne, parce que les brebis, c’est comme la chèvre de monsieur Seguin, ça aime bien aller « ailleurs » pour voir. Voilà pourquoi, lorsqu’elle est perdue, le bon Pasteur va la chercher, il arpente les rochers, et l’attrape au moyen de sa crosse pastorale, puis il descend de la montagne (non pas « à cheval »), mais à pieds et rejoint le troupeau endormi, la brebis (elle aussi elle dort) sur les épaules.
Le mercenaire, lui, fait de la « rando » en montagne. Qu’une brebis s’y perde, il la laisse à l’ours des Pyrénéens et il se dit : il faut bien qu’il mange lui aussi! Et puis après tout, une de plus ou une de moins, qu’importe ! Pour le mercenaire relativiste, tout est permis.

Le bon Pasteur porte la brebis sur ses épaules. Celui qui nous donne une image de cela, est le Pasteur universel, le Pape Benoît XVI, qui, au cours de la messe inaugurale de son pontificale, le 24 avril 2005 a pu dire : « En réalité, le symbolisme du Pallium est encore plus concret : la laine d’agneau entend représenter la brebis perdue ou celle qui est malade et celle qui est faible, que le pasteur met sur ses épaules et qu’il conduit aux sources de la vie. La parabole de la brebis perdue que le berger cherche dans le désert était pour les Pères de l’Église une image du mystère du Christ et de l’Église. L’humanité – nous tous – est la brebis perdue qui, dans le désert, ne trouve plus son chemin. Le Fils de Dieu ne peut pas admettre cela ; il ne peut pas abandonner l’humanité à une telle condition misérable. Il se met debout, il abandonne la gloire du ciel, pour retrouver la brebis et pour la suivre, jusque sur la croix. Il la charge sur ses épaules, il porte notre humanité, il nous porte nous-mêmes. Il est le bon pasteur, qui donne sa vie pour ses brebis. Le Pallium exprime avant tout que nous sommes portés par le Christ. Mais, en même temps, le Christ nous invite à nous porter les uns les autres. »

Le Bon Pasteur veille son troupeau et joue de la musique ; le mercenaire laisse le troupeau. Le bon pasteur joue du pipeau, le mercenaire lui joue aux dés pipés.
Le bon pasteur chante de saines et douces cantilènes, le soir, à la veillée, lorsque son troupeau rassemblé s’endort ; le mercenaire, lui, raconte des billevesées, il dit n’importe quoi, il livre son troupeau en pâture aux barbares de l’hérésie, aux tyrans du syncrétisme, et aux « coupeurs de gorge » que sont ces bandits relativistes, ces voleurs de sophistes et frelâteurs de vérité, qui ont ruiné ma génération.

Le bon Pasteur est propre, c’est le Pasteur propre. Le mercenaire est sale: Sale mercenaire !
Le bon Pasteur sent bon, le mercenaire pue le bouc.

Le bon Pasteur répare l’enclos, porte le biberon aux agneaux, le mercenaire laisse la porte ouverte à tous les vents de l’apostasie, il laisse ses brebis et les agnelets mourir de faim ; il a transformé la bergerie en porcherie et les brebis deviennent « galeuses » … !
Et le troupeau en entier, une fois contaminé est porté à l’abattoir pour l’équarrissage, conformément à la loi du 31 décembre 1975.

Le Bon Pasteur connaît les brebis, et même par leur nom. « Connaître par le nom » est une chose fondamentale. De la même manière Jésus connaît par « leurs noms » ses disciples, ses amis, il se souvient de leur nom, il les appelle par leur nom ; c’est-à-dire qu’il les connaît dans ce qui les « définit ». Il les aime d’un amour personnel qui atteint chacun comme s’il était le seul à exister devant lui. Le Christ ne sait compter que jusqu’à un : et ce « un » c’est chacun de nous. Cet amour infini est allé jusqu’à la mort, et la mort de la croix.

Le bon Pasteur donne sa vie pour ses brebis. Car il est bon. C’est le bon Pasteur. Il donne sa vie, car quand on est bon, on donne. Le trait distinctif qui marque le bon pasteur, qui le fait reconnaître entre tous, c’est l’amour jusqu’au don de soi : « Le bon pasteur donne sa vie pour ses brebis. »
Ce trait dérive de la connaissance très spéciale qui le caractérise, et il la produit. Il connaît parce qu’il aime, dans la mesure où il aime, et il aime parce qu’il connaît. La connaissance et l’amour sont réciproques, mutuels, complémentaires. Quand on n’aime pas, le premier mouvement c’est d’ignorer ; quand on n’aime pas, on ne veut aps connaître. Qui est animé par la charité au contraire, aime connaître. L’esprit qui l’anime est un amour qui donne à la connaissance de pénétrer son objet, et à l’objet de reproduire cet amour et cette connaissance. C’est pourquoi le bon pasteur marche en tête du troupeau. Il se montre et il indique le chemin en le faisant le premier. Les brebis n’ont qu’à suivre, à faire ce qu’il fait, à se rendre où il veut.
Le rapport est donc un rapport mutuel : « Cognosco meas, et cognoscunt me meae. Je les connais et elles me connaissent. » Il y a deux termes : « me », « meae », mais il n’y a qu’une seule connaissance qui part du pasteur et va aux brebis, qui se communique de celui-là à celles-ci, qui les anime du même mouvement, qui fait que le troupeau et le pasteur ne font qu’un.
Saint Grégoire le Grand pourrait constituer le point d’orgue de cette méditation-réflexion : « Les brebis du bon Pasteur trouvent donc un pâturage parce que tout homme qui le suit avec un cœur simple est nourri dans la pâture des prairies intérieures. Et quel est le pâturage de ces brebis-là, sinon les joies éternelles d’un paradis toujours vert? Car le pâturage des élus, c’est le visage de Dieu, toujours présent: puisqu’on le regarde sans interruption, l’âme se rassasie sans fin de l’aliment de vie. Recherchons donc, frères très chers, ce pâturage où nous trouverons notre joie au cœur de la fête célébrée par tant de nos concitoyens. Que leur allégresse nous y invite. Réchauffons nos cœurs, mes frères, que notre foi se ranime envers ce qu’elle croit, que nos désirs s’enflamment pour les biens célestes: c’est déjà partir à leur rencontre que de les aimer.
Aucun obstacle ne doit nous enlever la joie de la solennité intérieure, car si l’on désire se rendre à un endroit qu’on s’est fixé, aucune difficulté ne peut changer ce désir. Aucune prospérité flatteuse ne doit nous en détourner; il est fou, le voyageur qui, en apercevant sur sa route de gracieuses prairies, oublie le but de son voyage ».


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