Il paraît qu’expliquer au peuple des vérités que la propagande officielle lui cache précautionneusement, ça s’appelle du populisme.
Étonnant. Moi, j’aurais plutôt appelé ça de l’honnêteté, une preuve de respect.
En revanche, créer un ministère du Temps Libre en 1981 ou inventer la semaine de 35 heures et les RTT, caresser la paresse, prétendre que le travail ne peut être qu’un fardeau dont il conviendrait de s’émanciper à tout prix, ne serait-ce pas ça, le populisme, l’escroquerie en bande gouvernementale organisée ?
On a confié au peuple diverses missions dans l’Histoire. Le peuple fut soldat, conquérant pour les Romains les terres d’Europe et au-delà. Le peuple fut agriculteur, cultivant pour le seigneur des hectares de cette belle terre tempérée de France. Puis, le peuple fut envoyé à l’usine pour industrialiser l’hexagone.
Il n’y a plus de conquêtes, on paie les agriculteurs pour qu’ils détruisent leurs récoltes, et les usines sont fermées.
Intellectuel, immatériel, le travail est devenu et devient chaque jour de plus en plus intéressant, enrichissant, compliqué, motivant. Mais uniquement pour vous et pour moi. Pas pour le peuple. Le peuple ne sert plus à personne. Ou plutôt, si, il n’y a plus que deux entités qui utilisent le peuple jusqu’à épuisement : la publicité et la politique. Dans les deux cas pour vendre de la merde.
Or, le peuple le sait. Sans même intellectualiser son aliénation, il sait instinctivement que ses rêves d’influence ne resteront que chimères. Il y eut l’expérience bolchévique qui fit croire au peuple russe qu’il allait régenter lui-même le monde, avant que ne s’installe en quelques mois une nomenklatura des plus dictatoriales. Il y eut l’Ecole Publique, qui lui fit croire qu’il allait s’émanciper par l’instruction, alors que le résultat est inverse : le peuple ne sait même plus lire. Il y eut la révolution dite française, dans laquelle de malins marchands et bourgeois excitèrent les foules afin d’obtenir des marchés dont l’accès leur était interdit par le système des licences d’Etat, les Privilèges du roi.
Le peuple est donc désormais cantonné à deux fonctions : acheter et voter.
Acheter, cela s’entend au sens large. Le peuple fait vivre toute une chaîne dont l’aboutissement est l’acte d’achat. Moi, je travaille en TV, et donc, pour reprendre un mot célèbre de Patrick Le Lay, je prépare des cerveaux pour le prochain écran publicitaire. Je cultive chez le peuple son envie d’avoir, de posséder. Le rasoir avec plus de lames, la voiture avec plus de chevaux, la femme avec plus de seins.
Voter. Ah! voter. Chaque bulletin comme autant de spermatozoïdes que les candidats enfoncent dans le ventre de la France. Et que je te compte les têtards pendant les soirées électorales. Combien en ai-je fourré dans les entrailles de la fille aînée de l’Église ? Chaque candidat baise la France en éjaculant du peuple.
Mais attention, le système dit démocratique ne fonctionne que dans un seul sens : celui de la validation, de la légitimation-mon-cul des élites-mon-cul passées par l’élection. Sens unique ! N’espérez pas utiliser le bulletin et l’isoloir pour émettre un avis, une opinion. Non. Lorsque le peuple crie ce qu’il pense, c’est qu’on l’a noyé dans une propagande populiste. Lorsque le peuple ne veut pas qu’on abroge la peine de mort, lorsque le peuple refuse les minarets sur la terre pétrie du sang de ses ancêtres, lorsque le peuple dit non aux traités qui lui enlèvent couche après couche toute souveraineté sur son territoire, c’est que le peuple est con, mal éduqué, trimballé par des vendeurs de potions magiques, des populistes, vous dis-je.
Lorsque le peuple n’est plus d’accord, alors on n’est plus d’accord avec le peuple. Il faut limiter la démocratie, mon bon monsieur. Pourquoi ? Parce qu’on sait mieux que le peuple. Pourquoi ? Parce qu’on a reçu une éducation adéquate et qu’on ne réagit pas par réflexe, mais par le fruit de l’analyse à longue échéance. Ah. Principe même de la royauté : le patron est un père, le peuple ses enfants qu’il doit guider, éclairé qu’il est. C’est drôle, non ?
C’est même tellement drôle que, normalement, si vous avez suivi jusque là, vous devez déjà avoir ri deux ou trois fois. L’énormité de l’escroquerie démocratique dans notre monde moderne point com est en forme du clin d’œil que se font deux technocrates européens dans les couloirs de Bruxelles. Deux types dont vous n’avez jamais entendu parler, mais qui décident d’absolument tout votre mode de vie, ce qui est autorisé et ce qui ne l’est pas, ou plutôt, et c’est là l’horreur, ce qui est bien et ce qui est mal. Deux imbéciles sur-diplômés se font un clin d’œil. Et la petite crotte qui glisse du coin de la paupière de l’un d’eux, qu’il écrase avec condescendance – ce n’est qu’une crotte, quand même – c’est vous, c’est moi, c’est le peuple et sa volonté.
Une nation, c’est un ensemble de gens qui n’ont rien en commun si ce n’est un idéal de vie. Ils ont envie, pour diverses raisons selon les époques et les contrées, d’obtenir le même type de société, une harmonie de pensée, de valeurs. Pour cette raison, ils vivent les uns avec les autres. Le fameux « vivre-ensemble » n’est pas le but, c’est le moyen, pour parvenir à cette société souhaitée.
Cette idée est dangereuse pour les dogmatiques du tout plat, les pourfendeurs de l’identité, les amoureux du rien et les contempteurs du spirituel. Alors ils crachent dessus, d’abord. Ensuite ils expliquent que le but n’est pas le but ; que le but, c’est le « vivre ensemble ». Autrement dit, tu prends le métro le matin, non pour aller de Vincennes à Franklin-Roosevelt. Non, tu prends le métro le matin pour être avec les autres, c’est ton but en prenant le métro, tu veux du « voyager ensemble ». Et la destination, ce n’est pas ton problème.
Ben voyons.
Je ne sais pas vous, mais moi, j’ai le populisme qui me gratte.
On peut écrire à Arnaud de Lalande par email à : et visiter son site ici.