Remous à l'académie pontificale pour la vie autour du piège de la "compassion"

Michel Janva , le 8 février 2010  


Du 11 au 13 février, l’académie pontificale pour la vie, dont le président est l'archevêque Salvatore Fisichella, se réunira au Vatican. La réunion s’annonce orageuse. Certains membres de l'académie contestent que Mgr Fisichella convienne comme président. Parmi eux, Mgr Michel Schooyans, Belge, professeur émérite à l'Université Catholique de Louvain, spécialiste estimé en anthropologie, philosophie politique et bioéthique. Il est membre de trois académies pontificales : celle de sciences sociales, l’académie Saint Thomas d'Aquin et – précisément – celle pour la vie. En vue de la réunion, Mgr Schooyans a rédigé un réquisitoire sévère contre le "piège" dans lequel serait tombé Mgr Fisichella : l'utilisation trompeuse du concept de "compassion". dans un article paru dans "L'Osservatore Romano", traitant de l’avortement (lors de l'affaire de Recife), qui avait provoqué lors de sa parution un véritable tohu-bohu et a fini par obliger la congrégation vaticane pour la doctrine de la foi à publier un "Eclaircissement".

L'article de Mgr Schooyans est accessible ici. Il est très intéressant, car il démonte le principal argument des pro-morts, qui invoquent la compassion pour justifier l'avortement : compassion à l'égard de la mère qui ne pourra pas supporter ce "fardeau", à l'égard de l'enfant qui sera handicapé, à l'égard des médecins qui prennent une décision "difficile" en éliminant le bébé. L'auteur évoque même le projet de pass-avortement de Ségolène Royal et le refus de communion aux parlementaires favorables à l'avortement. Voici la conclusion :

"La pseudo-compassion, souvent invoquée en faveur d’auteurs d'actes en soi mauvais, tel l'avortement, conduit donc au scandale ; elle invite les autres à pécher gravement. Le scandale, c’est la première chose à éviter. La pseudo-compassion conduit aussi à l'hérésie, à la déchirure dans l'Église, car elle incite les fidèles à s'écarter d'un point non négociable de la doctrine de l'Église : le devoir de respecter la vie innocente. La pseudo-compassion renforce la dérive vers la "tyrannie du relativisme", que l'on observe chez certains pasteurs et/ou théologiens. A terme, la pseudo-compassion pourrait conduire à une situation dans laquelle la doctrine de l'Église et la morale naturelle résulteraient d'une procédure consensuelle et se formuleraient dans des compromis.

Certains, abusés par la pseudo-compassion vis-à-vis de ceux qui pèchent publiquement contre la vie, estiment que l'Église est, sur ces questions, fort sévère. L'Église, en effet, ne mâche pas ses mots: "Les excommuniés et les interdits […] et ceux qui persistent avec obstination dans un péché grave et manifeste, ne seront pas admis à la sainte communion". Or si l'on se souvient du caractère mensonger et violent de la pseudo-compassion, on observera aussitôt que cette sévérité n'est qu'apparente, qu'elle est même une haute expression de la charité. Elle est un appel urgent au changement de vie. Le refus de donner la communion pour les raisons que nous avons rappelées n'est que l'expression de l'amour de l'Église pour les plus faibles, et l'invitation à la repentance adressée à ceux qui risquent de rester enchaînés dans leurs péchés, et d’y enchaîner les autres."

On peut écrire à Michel Janva par email à : mj@chretiente.info et visiter son site ici.

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