De Jean-Michel Beaussant dans l'Homme Nouveau :
On peut écrire à Michel Janva par email à : mj@chretiente.info et visiter son site ici."[L]a science est incapable aujourd’hui de démontrer l’origine du monde et des espèces : elle ne peut faire appel qu’à des théories «métascientifiques » plus ou moins plausibles et en accord avec les faits historiques et scientifiques, mais qui sont des croyances en amont de la science. Ces théories oscillent entre la création essentiellement fondée sur la Genèse et l’évolution fondée sur l’interprétation (néo)darwiniste que Jean Rostand appelait un «conte de fées pour grandes personnes». Outre ce que peut dire dans son ordre et ses limites propres l’expérimentation scientifique, entre alors forcément en ligne de compte la philosophie qui essaie d’avoir son mot légitime entre les données de la science et ces données de «foi» (révélées ou imaginées), soit pour les ordonner raisonnablement, soit pour les contredire. [...]
Si certains évolutionnistes se contentent trop facilement de leur mythologie comme «la justification intellectuelle qu’attendaient les athées» (Richard Dawkins), certains créationnistes s’enferment en revanche dans une lecture fondamentaliste de la Bible qu’ils décrètent a priori scientifique dans un concordisme univoque de mauvais aloi. L’acte de foi est un acte d’intelligence et l’intelligence humaine procède par analogie. Il faut rendre à la science ce qui est à la science et à Dieu ce qui est dans la Bible sans nécessairement les opposer ou les confondre, en oubliant précisément la philosophie et la théologie. Il semblerait d’ailleurs que la théorie en crise de la macro-évolution pose aujourd’hui davantage de problèmes à la science (à cause des fameux « chaînons manquants » !) qu’à la philosophie.
Comme l’avait concédé Pie XII dans Humani generis, une « lecture spiritualiste » de l’évolution, brisée par ce que Jean-Paul II appelait des « sauts ontologiques », ne contredit pas forcément le concept de création ni le récit de la Genèse. La création touche (directement) au niveau de l’être, tandis que l’évolution demeure une interprétation au niveau du devenir. Or, si l’être en tant qu’être assume le devenir, l’inverse n’est pas vrai. «Operatio sequitur esse» : l’opération suit l’être.
Dans son commentaire de la Genèse au sens littéral, saint Augustin avait déjà presque tout dit, justifiant en quelque sorte d’avance l’évolution sans pour autant nier religieusement la création. L’homme descend de toute façon toujours de Dieu, Créateur immédiat en particulier de son âme spirituelle ! Incapable de contredire la création révélée, historique et « continuée », la science, lorsqu’elle se mêle de la critiquer selon ses propres critères et catégories, fait en quelque sorte de l’anthropomorphisme à l’instar des fondamentalistes. Elle tombe alors très vite dans l’idéologie en oubliant que Dieu est au-dessus du temps. [...] Le point de vue scientifique ne peut fournir le point de vue définitif de la connaissance des choses. Il a besoin d’un dogme vrai qui l’assume, tout comme l’éloquence inspirée transcende finalement la rhétorique (le comment du discours). Contre Darwin, rendons précisément à l’Esprit Saint ce qui est dans la Bible ! Entre la théologie et la science (conjecturale), la philosophie lui donne acte de sa Vérité inspirée.