Les deux faces du capitalisme

Michel Janva , le 13 mars 2010  


Jean-Yves Naudet répond à l'enquête lancée par L'Homme Nouveau sur le capitalisme :

"La crise économique et ses conséquences humaines graves posent à chacun une question fondamentale : comment résoudre la crise ? Faut-il pour cela changer de système économique ? La doctrine sociale de l’Église peut nous aider à répondre à cette question. L’Église n’a pas condamné les institutions du capitalisme. Mais elle est très sévère pour les comportements des hommes à l’intérieur du système. Pie XI disait déjà, dans Quadragesimo anno (n.109) : «Ce régime, Léon XIII consacre tous ses efforts à l’organiser selon la justice ; il est donc évident qu’il n’est pas à condamner en lui-même.» Jean-Paul II a actualisé cette analyse dans Centesimus annus (n.42) : «Peut-on dire que, après l’échec du communisme, le capitalisme est le système social qui l’emporte ?» (…). «La réponse est évidemment complexe. Si, sous le nom de capitalisme, on désigne un système économique qui reconnaît le rôle fondamental et positif de l’entreprise, du marché, de la propriété privée et de la responsabilité qu’elle implique dans les moyens de production, de la libre créativité humaine dans le secteur économique, la réponse est sûrement positive, même s’il serait peut-être plus approprié de parler d’économie d’entreprise, ou d’économie de marché, ou simplement d’économie libre

Les choses sont claires : il n’y a pas d’alternative à l’économie de marché et les institutions du marché ne sont pas à condamner en elles-mêmes. Pourtant, nous avons connu la crise, qui provoque des drames économiques et sociaux. La raison est simple, on n’a pas écouté la deuxième partie de ce passage de Jean-Paul II : «Mais si par capitalisme, on entend un système où la liberté dans le domaine économique n’est pas encadrée par un contexte juridique ferme qui la met au service de la liberté humaine intégrale et la considère comme une dimension particulière de cette dernière dont l’axe est d’ordre éthique et religieux, alors la réponse est nettement négative

C’est ce mauvais capitalisme que nous avons connu et qui a conduit à la crise. Où est le « cadre juridique ferme » quand les droits fondamentaux ne sont pas reconnus, à commencer par le droit à la vie, mais aussi l’état de droit, puisque les contrats ne sont pas respectés, les droits de propriété souvent violés, et que la violence quotidienne, a fortiori les guerres civiles, empêchent chacun de vivre en paix ? Le cadre juridique ferme, ce n’est pas l’État omniprésent, qui réduit les droits des parents, détruit la famille, la prive de la liberté scolaire. Le cadre juridique ferme, ce sont des lois justes, conformes à la nature de l’homme et respectant ses droits fondamentaux. Et surtout, dans la pratique actuelle de la liberté, où est « l’axe d’ordre éthique et religieux » ? C’est ce qu’a compris Benoît XVI et qu’il nous explique dans Caritas in veritate. La crise actuelle est une crise morale, une crise d’ordre éthique : quand la fin justifie les moyens (ce que Benoît XVI appelle « l’idéologie technocratique », que l’on voit en économie comme dans le domaine du respect de la vie). [...]

La crise ne disparaîtra pas par des mesures techniques, mais en changeant le coeur de l’homme. [...] On pourra changer toutes les structures économiques du monde, si l’homme n’a pas un comportement éthique, la crise persistera. Ne rêvons pas d’un tiers-système illusoire, mais travaillons à convertir notre coeur."

On peut écrire à Michel Janva par email à : mj@chretiente.info et visiter son site ici.

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