Le capitalisme a perdu sa mesure d’économie sociale autour de structures familiales

Michel Janva , le 24 mai 2010  


De Benjamin Guillemaind dans L'Homme nouveau :

"Le terme de capitalisme couvre plusieurs facettes : soit l’ensemble des techniques financières en vue de l’investissement, soit le système fondé sur la propriété privée, qui recherche le profit, l’initiative individuelle et la concurrence entre entreprises, soit la conception marxiste de la plus-value. D’autres distinguent le capitalisme industriel et sa dérive, le capitalisme financier, baptisé hypercapitalisme. Selon la définition, les réponses sont plus ou moins nuancées. Quoi qu’il en soit, la notion de capital, qui traduit la concentration de l’argent sous diverses formes (propriété, prêt, location, assurance, investissement, épargne, hypothèque…), soulève d’immenses questions. De moyen il devient vite une fin, tant la complexité des combinaisons offre de tentations de dépasser les limites d’un usage raisonnable. Comme tous les vices, c’est l’excès dans l’usage qui est condamnable [...].

La grande dérive de l’organisation sociale s’opéra quand le commerce supplanta les corps professionnels, qui étaient jusqu’à la Révolution prépondérants malgré leurs défauts et les amortisseurs de l’économie, ne laissant face à face que des entreprises. Les théories libérales, émises d’abord par les physiocrates et appliquées par Turgot, firent sauter toutes les contraintes. Lors de la guerre des grains il préconisait d’acheter à bas prix et d’attendre pour vendre plus cher. C’était normaliser la spéculation. La science économique, se considérant comme autonome, coupée de la morale, favorisa la concentration de l’argent : les marchands sont devenus les rois de la terre (cf. Ap 18, 3). Ainsi le libéralisme finit par dévoyer les trois régulateurs de la société traditionnelle : la propriété privée qui devient absolue, les corps intermédiaires qui sont abolis et le pouvoir politique, l’État, dont le rôle de garant du bien commun est contesté en permanence au nom de la liberté du marché. Aujourd’hui la mondialisation rend le pouvoir financier incontrôlable, apte à toutes les manipulations. L’économique domine le politique, impuissant à redresser la situation. La plupart des problèmes liés à l’argent ont un point commun : le prêt à intérêt. Est-il moral de « faire travailler son argent », même le dimanche ? De préconiser les retraites par capitalisation, tirant un profit de l’épargne ? Est-il moral que des fortunes colossales se bâtissent sur des prêts d’argent, véritables jeux de capitaux, dans un concept de Boursecasino selon la variation journalière des cours ? À quel taux un prêt devient-il usuraire ? Une politique inflationniste est-elle morale ? Est-il moral que les banques, qui ont le privilège de créer la monnaie, prêtent à plusieurs la même somme d’argent dont le total des intérêts perçus atteint des taux usuraires ?

Seule une autorité morale internationale comme l’Église peut refixer les limites. Si le capitalisme n’est pas, comme le communisme, intrinsèquement pervers, il nécessite un très sérieux encadrement tant dans son émission que son usage, car l’argent, contrairement aux thèses libérales, n’est pas une marchandise comme une autre.

La doctrine sociale de l’Église s’élève à juste titre contre la puissance des concentrations financières ; elle rappelle aussi la fonction sociale de la propriété, le principe de subsidiarité qui suppose des corps d’états paritairement organisés et la fonction éminente de l’État, garant du bien commun. Mais en ce qui concerne les problèmes monétaires et financiers, depuis l’encyclique Vix Pervenit (1745) confirmant la condamnation biblique de l’usure et du prêt à intérêt, la réponse catholique est insuffisante et apparaît tantôt bienveillante envers les théories libérales, tantôt perméable aux idéologies socialistes ; car le capitalisme, qu’il soit libéral ou d’État, n’est qu’un dévoiement d’une économie productiviste, qui, devenue matérialiste en vue de « gagner l’univers », a perdu sa mesure d’économie sociale autour de structures familiales."

On peut écrire à Michel Janva par email à : mj@chretiente.info et visiter son site ici.

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