La courageuse dénonciation de la funeste internationale des barbus

Guillaume de Thieulloy , le 25 novembre 2011 à 1:21  

Ce qu’il y a de bien avec la grosse presse, c’est qu’elle ne s’embarrasse pas de subtilités!

Notre confrère, le solennel et néanmoins vespéral « quotidien de référence », sous le titre: « Les catholiques intégristes perturbent la pièce Golgota Picnic », a publié, le 20 novembre dernier, en partenariat avec l’AFP, un article dénonçant les « ultra-catholiques » qui manifestent à Toulouse.

Cet article présente un certain nombre d’extravagances. Je constate d’abord que 150 « intégristes », armés d’une grosse caisse (!), empêchent la sereine représentation d’une pièce dont le metteur en scène avait réclamé, lors de sa diffusion espagnole, que le public monte sur scène (pour démontrer, je suppose, le caractère vivant autant que « subversif » de ce théâtre « engagé »). Il avait même, si j’ai bien compris (mais ces gens parlent un jargon tellement abscons que je ne suis pas sûr d’avoir bien compris…), laissé entendre qu’une bonne pièce de théâtre contemporain est une pièce où le public moleste les acteurs… ce qui relativise singulièrement la prétendue « violence » des personnes qui prient devant le théâtre!

Je note encore que la pièce, de l’aveu de ses défenseurs, ne vaut pas grand-chose. Ce que « Le Monde » traduisait, la semaine précédente, en termes choisis:

Pour être honnête, il est difficile de rendre compte de Golgota picnic du strict point de vue artistique.

Le sens de cette phrase est encore l’objet de nombreux débats chez les meilleurs exégètes. Mais je puis, d’ores et déjà, amis lecteurs, vous souffler une solution: même les défenseurs de « Golgota Picnic » n’osent pas dire que cette pièce serait de l’art…

Je relève aussi que cette poignée de « fondamentalistes » a de la suite dans les idées. Dans cet article daté du 20 novembre, il était mentionné que c’était la cinquième fois depuis mercredi [16 novembre]

que les fondamentalistes se rassemblaient pour réclamer la déprogrammation et l’interdiction du spectacle, et pour dénoncer ce qu’ils considèrent comme une banalisation de la « christianophie ».

Ces « intégristes », tout de même, de vrais stakhanovistes! Tous les soirs, ils sont là (même pas de repos dominical). Et tout ça pour dénoncer une « christianophobie » (entre guillemets dans l’article), dont le journaliste – éclairé, lui! – sait bien qu’elle ne peut être dénoncée qu’entre guillemets. C’est-à-dire, en français dans le texte, que les « fondamentalistes » dénoncent une prétendue christianophobie. Au « Monde », on sait bien qu’il n’existe point de christianophobie. On n’en parle qu’entre guillemets. Avec circonspection et sagacité…

Mais, surtout, je note que la photo illustrant l’article (ou la dépêche, car on ne sait trop si c’est « Le Monde » qui dicte à l’AFP ou, au contraire, l’AFP qui tient la plume pour « Le Monde »…) représente des capucins.

Sauf que personne n’en saura rien. Si vous ne lisez que l’article du 20, rien ne vous explique qui sont ces barbus incongrus (à moins que vous ne soyez un lecteur « anormal » du « Monde », connaissant, par ailleurs, les usages des franciscains de la stricte observance). L’article du 17, auquel je faisais référence plus haut, est un peu plus disert sur le sujet. Mais, en toute hypothèse, la photo a une, et une seule, fonction: elle associe le vocable « intégriste » (ou « fondamentaliste », c’est selon) aux barbus. Suivez mon regard…

Comme toujours, il s’agit de « montrer » que les « intégristes » catholiques sont comme les islamistes radicaux. Et même, comme naguère on enseignait doctement que les « intégristes » étaient « pires que les communistes », on laisse entendre que les « fondamentalistes chrétiens » sont « pires que les islamistes » en matière de « violation de la liberté d’expression ».

Et nos bobos de service de se donner bonne conscience en faisant mine de militer héroïquement pour la liberté d’expression. Mais non point devant les personnes qui les menacent de mort, ou qui dynamitent les journaux des « mécréants ». Ils résistent « héroïquement » devant quelques dizaines de catholiques qui récitent le chapelet, emmenés par une poignée de disciples du Poverello d’Assise!

NB: En contemplant la photo et la mise en scène, je ne pouvais m’empêcher de songer à l’excellent Audiard: « Un barbu, c’est un barbu. Trois barbus, c’est des barbouzes! » Et je me demandais avec angoisse: Que fait donc le Parlement ? Il devrait déjà être en train de légiférer pour interdire le port de la barbe à toute personne portant par ailleurs un chapelet (oups, pardon, cela risquerait de concerner aussi des barbus islamistes, qui nous apportent – M. Delanoë nous l’assure et nul n’oserait contester son admirable maîtrise de la théologie coranique – une diversité bien venue et nous enseignent la paix et l’amour; je voulais naturellement dire « toute personne portant par ailleurs un chapelet terminé par une croix »…)

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Jean-Marie Gutknecht

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