Exposition de masques vaudous dans la chapelle : le curé s’indigne

Le Salon Beige , le 22 février 2012 à 13:53  

Sous le patronage de l’Unesco, quelque 150 masques, statues, instruments de musique, parures et objets dédiés à l’animisme et au culte vaudou doivent, du 2 mars au 6 avril, investir la commune de Pommerit-Jaudy (22) en trois lieux, dont deux chapelles. L’abbé Philippe Roche, curé de Tréguier, a appris la nouvelle par la presse. Il a aussitôt écrit au maire cette lettre très claire :

« Comme convenu lors de notre rencontre de janvier dernier, je vous envoie cette lettre exposant ma position quant à votre décision d’utiliser la chapelle Saint Antoine en Pommerit-Jaudy pour une exposition sur la religion Vaudou. Nous pourrons ainsi nous y référer, l’un comme l’autre. La question se résume en deux points fort simples qui touchent :

  • l’un au statut juridique de cette chapelle,
  • l’autre à l’appréciation de la compatibilité de cette exposition avec le culte catholique (appréciation que je me dois de faire pour tout édifice servant ou susceptible de servir à ce culte)

1. Statut juridique de la chapelle

Vous m’avez confirmé dans ce que je croyais savoir, en me disant que cette chapelle appartient au domaine privé de la commune. Elle ne relève donc pas de la loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat (1905), à la différence, par exemple, de l’église paroissiale. Cela signifie que le propriétaire – en l’espèce, la commune – n’a pas à demander d’autorisation à l’Eglise Catholique pour quoi que ce soit, puisque cette dernière n’est pas en position d’affectataire. Ceci vaut également pour toute chapelle dont le propriétaire serait une personne physique privée, une famille par exemple : tout propriétaire d’une chapelle privée – et c’est le cas de saint Antoine, même si ce propriétaire se trouve être une personne morale publique : la commune – peut y faire ce que bon lui semble sans en référer à l’Eglise, représentée par le curé du lieu : l’utiliser une autre religion, la transformer en entrepôt ou en salle d’expositions, etc… Cependant, si « l’activité » tenue dans la chapelle n’était pas jugée compatible avec la foi catholique, la seule chose que puisse faire l’Eglise est de refuser que le culte catholique y soit désormais célébré : une messe par exemple n’y sera plus possible.

2. Compatibilité de l’exposition en question avec la foi catholique

Dans le cas présent, après avoir consulté mes confrères et des laïcs en responsabilité, j’ai estimé que cette exposition sur le culte Vaudou ne paraissait pas compatible avec le respect dû à un lieu de culte catholique. Car, pour des Chrétiens, la religion Vaudou est une religion païenne, encore fort active dans certaines régions du monde où elle conduit à commettre de véritables actes de barbarie. Comme le dossier que vous avez eu l’amabilité de me faire parvenir l’expose lui-même, il s’agit d’un « culte » idolâtrique de « mères ancestrales » qui sont « adorées » car liées à la « toute-puissance de la mère primordiale (…) la Grand Mère qui assure l’ordre du monde tout en menaçant sa stabilité ». Les « sorciers ou sorcières » vaudous ont toujours été des adversaires très agressifs des missionnaires. Un prêtre en poste en Afrique me l’a confirmé, ajoutant que ces superstitions magiques utilisent des objets qui ne sont pas neutres, même si nous les croyons inoffensifs. Je me vois mal célébrer des messes entre des murs qui auraient accueillis des masques liés à des pratiques actuelles de sorcellerie.

Il y a quelques mois, j’ai même eu à connaître du cas d’un jeune enfant originaire d’Amérique latine dont le torse était zébré de cicatrices … à la suite d’une cérémonie sacrificielle d’offrande aux « déesses » au cours de laquelle sa propre grand-mère l’avait tailladé de coups de couteau ! Nous sommes donc bien loin d’un aimable folklore sans conséquences … Il s’agit, comme le décrit très exactement votre dossier de présentation, d’un « patrimoine communautaire très vivant qui puise sa créativité contemporaine dans sa tradition ancestrale ». Un profond antagonisme existe donc entre ces pratiques et la foi catholique, qui les rend absolument incompatibles l’une avec l’autre. Nous sommes donc très loin d’une exposition culturelle sur une religion païenne antique disparue. …

Vous m’avez indiqué que la commune avait porté seule le poids de la restauration de la chapelle : c’est le cas de tout propriétaire. Mais, les finances nécessaires ont été dégagées pour cela par les impôts locaux … Or ceux-ci ont été payés, notamment, par de nombreux Catholiques. Ils n’ont pas été consultés sur l’utilisation qui serait faite de la chapelle une fois restaurée. L’argument de la nécessité d’utiliser la chapelle pour autre chose que ce pour quoi leurs ancêtres en ont financé la construction puis, eux-mêmes, aujourd’hui, la restauration, me conduit seulement à penser qu’il aurait fallu préciser les choses avant … La disparition du Pardon de Saint Antoine risque de n’être pas très appréciée … Mais ce n’est pas de mon fait.

J’avoue ne pas très bien comprendre non plus pourquoi il faut utiliser justement cette chapelle pour faire cette exposition alors que la Communauté de Communes dispose d’autres locaux autrement mieux adaptés, notamment à Pommerit-Jaudy et à la Roche Derrien, qui ne sont pas plus difficiles à sécuriser qu’une chapelle isolée à la sortie du bourg … mais, n’ayant pas du tout été associé à la réflexion menée pour la mise en place de cette exposition, je n’ai sans doute pas tous les éléments qui vous ont conduits à faire ce choix.

Car, enfin, vous avez pris l’initiative de lancer dans la presse l’annonce de cette exposition sans même que j’en ai été averti … C’était votre droit le plus strict, puisque la chapelle relève du domaine privé de la commune, comme je l’ai expliqué au début de cette lettre. Mais je ne peux que tirer les conséquences de ce choix, comme je le fais d’ailleurs avec les chapelles appartenant à des propriétaires privés. …

Croyez bien, Monsieur le Maire, que je regrette beaucoup de devoir tenir cette position qui fait disparaître un Pardon populaire et un lieu de culte que nous utilisions aussi régulièrement avec les jeunes. En conscience, je ne crois pas pouvoir faire autrement. Seule la foi peut permettre d’entrer pleinement dans la logique qui dicte notre décision. J’espère que ce courrier l’éclairera cependant un peu pour ceux qui ne s’y reconnaissent pas ou peu. »

On peut écrire à Le Salon Beige par email à : lsb@chretiente.info et visiter son site ici.

Jean-Marie Gutknecht

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