Le Jésus de l'Histoire ne s'oppose pas au Jésus de la foi

Le Salon Beige , le 23 décembre 2012 à 15:34  

Dans Le Figaro Magazine, Jean-Christian Petitfils évoque la figure historique de Jésus. Extraits :

« Comment l’historien attaché à serrer au plus près la vérité du Jésus de l’Histoire peut-il œuvrer? Il lui faut, bien entendu, faire appel à toutes les données à sa disposition: le contexte politique, économique, social, culturel du Proche-Orient du Ier siècle, les acquis indiscutables de l’exégèse historico-critique et bien sûr sans omettre les renseignements innombrables tirés des récentes fouilles archéologiques en Israël. Mais, en même temps, il doit s’arrêter devant l’inexplicable, sans l’enjamber ni le négliger.

L’authenticité des exorcismes, des miracles et a fortiori de la Résurrection n’entre pas dans son domaine de compétence. Il doit se contenter des faits, tout en restant ouvert à leur interprétation. Il ne peut assurer, par exemple, que Jésus a marché sur l’eau ou a transformé l’eau en vin, mais il remarquera que, dans les communautés chrétiennes qui ont porté les Evangiles, ces faits, considérés comme authentiques, ont pris une signification capitale. Il lui est impossible de soutenir, au nom d’un positivisme hors d’âge, que la multiplication des pains n’a été qu’un banal partage fraternel de casse-croûtes tirés du sac: les Evangiles canoniques en parlent à six reprises, ce qui montre à quel point les esprits avaient été frappés par ce signe messianique.

Parlons des sources. Quelques notations peuvent être glanées chez Pline le Jeune, Tacite, Suétone et surtout Flavius Josèphe, ce Juif romanisé du Ier siècle qui évoque dans ses écrits la figure de Jean le Baptiste et celle de Jésus, «un homme exceptionnel» accomplissant des «choses prodigieuses». «La veille de la Pâque, dit le Talmud de Babylone, on pendit Yeshu le Nazaréen.» Mais tous ces textes anciens ne sont utiles que dans la mesure où ils prouvent que Jésus a bien existé. Même un polémiste ardent, très antichrétien, comme Celse au IIe siècle ne met pas en doute ce fait.

Ce n’est qu’à partir du XIXe siècle que certains maîtres du soupçon traiteront très artificiellement Jésus comme un mythe ou un personnage imaginaire conçu à partir de citations du Premier Testament. …

À moins de sacrifier à une mode hypercritique de «déconstruction» qu’on ne trouve dans aucune autre science, on peut considérer que, compte tenu de leur datation – des écrits antérieurs à la destruction de Jérusalem en l’an 70, époque où beaucoup de témoins étaient encore vivants -, compte tenu aussi des techniques éprouvées de mémorisation pratiquées dans l’Orient ancien et d’une tradition orale rigoureusement contrôlée par les disciples et les apôtres, les Evangiles canoniques nous livrent des faits et des discours globalement fiables.

Parmi les sources du dossier historique, pourquoi se priver de recourir aux reliques de la Passion, celles du moins que l’on peut raisonnablement considérer comme authentiques? A propos du linceul de Turin, de nouvelles découvertes ont été faites depuis la très contestée datation au carbone 14 révélant que le linceul était un faux du XIVe siècle: trace d’une couture très particulière (la seule comparable a été trouvée à Massada, la forteresse juive tombée en 73), présence d’écritures grecques et latines le long du visage, etc.

Des scientifiques américains, espagnols et français ont établi que les taches de sang figurant sur les trois grandes reliques de la Passion pouvaient se superposer: le linceul de Turin, le suaire d’Oviedo, linge qui aurait été mis sur le visage de Jésus aussitôt après sa mort, et la tunique d’Argenteuil, que Jésus aurait portée sur le chemin de croix. Le groupe sanguin est le même, AB, un groupe rare. On a également retrouvé sur ces linges des pollens de plantes ne poussant qu’au Proche-Orient. Ces découvertes sont restées ignorées de la plupart des médias. …

L’historien, naturellement, ne peut se prononcer sur la naissance virginale de Jésus. On a longtemps pensé que le vœu de virginité de Marie était incompatible avec la mentalité juive, jusqu’au jour où l’on a trouvé dans les manuscrits de la mer Morte le rouleau dit du Temple, un texte parlant de vierges consacrées dans le cadre du mariage: «Si une femme mariée prononce un tel vœu sans que son mari le sache, il peut déclarer ce vœu nul. Si toutefois il est d’accord avec une telle mesure, les deux sont dans l’obligation de le garder.» Cela permet de comprendre la surprise de Marie, vierge consacrée, à l’annonce de l’ange Gabriel, et celle de Joseph qui avait songé à la répudier en secret.

… Grâce à l’Evangile de Jean, certaines de ses paroles peuvent être replacées dans leur contexte. Quand il dit à la foule: «Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi et qu’il boive!», on se situe au dernier jour de la Fête des cabanes (Soukkot) de l’an 32. Or, c’est précisément le jour où une procession de prêtres va chercher l’eau à la piscine de Siloé pour l’apporter au Temple dans une carafe d’or. Quand il ajoute quelques heures plus tard: «Moi, je suis la lumière du monde», la fête s’achève par le rite vespéral des lumières. … »

Foyer d'étudiantes à Paris

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